Alcool et méthotrexate. Faut-il s’inquiéter ?
Printemps 2009

Alcool et méthotrexate. Faut-il s’inquiéter ?

« Et l’alcool ? » Voilà l’une des questions les plus fréquentes que me posent mes patients concernant la méthotrexate.

Bien que cette situation soit très rare, la méthotrexate peut être toxique pour le foie alors que l’excès d’alcool peut lui être néfaste. Plusieurs d’entre nous hésitent toutefois à se priver du plaisir d’un bon rouge ou d’un petit verre pour une occasion spéciale (ou juste pour le plaisir), d’autant plus que des études cliniques ont démontré que l’alcool pris avec modération peut être bénéfique (c’est le cas particulièrement du vin rouge) pour la santé. Mais dans le cas du mariage alcool et méthotrexate, que dit la documentation scientifique ?

Malheureusement, mis à part le consensus sur les risques accrus de troubles hépatiques chez les patients consommant de l’alcool pendant le traitement à la méthotrexate, le sujet n’a jamais été approfondi. Ainsi, une question aussi essentielle que l’évaluation du risque réel de dommage pour le foie selon la quantité d’alcool ingéré et le dosage de méthotrexate demeure sans réponse. Par conséquent, des préoccupations concrètes comme la quantité d’alcool que l’on peut ingérer sans danger, l’incidence du type d’alcool ingéré (le vin par rapport à la bière ou à la boisson fortement alcoolisée) ou l’importance du moment de l’ingestion d’alcool par rapport à celui de la prise de la méthotrexate, sont des questions difficiles, pour ne pas dire impossibles, à évaluer.

Le défi que représente la prévision du risque hépatique est encore plus complexe lorsque les facteurs individuels, propres à chaque patient, entrent en jeu : consommation d’alcool problématique dans le passé, problèmes hépatiques existants, âge, poids corporel, autres affections concomitantes comme le diabète et le psoriasis et interactions médicamenteuses. Un seul de ces facteurs ou tous à la fois peuvent influer sur la combinaison alcool et méthotrexate et augmenter les risques de dommages au foie.

Pas surprenant qu’il n’y ait aucun consensus relativement à la consommation d’alcool et l’usage de méthotrexate. En présence de patients ayant une consommation d’alcool problématique, les lignes directrices varient de l’abstinence totale aux suggestions de « réduction drastique » pendant le traitement à la méthotrexate. Lorsque l’alcool est permis, les recommandations vont de un ou deux verres par mois (American College of Rheumatology) à un ou deux verres par semaine (Société canadienne de rhumatologie). Dans tous les cas toutefois, l’emphase est mise sur le monitorage continu et minutieux des analyses hépatiques.

Chez les patients arthritiques, d’autres facteurs entrent en considération. Chez un petit nombre de patients, la consommation d’alcool peut entraîner une aggravation de la douleur et de la raideur articulaires. Et puisque les anti-inflammatoires tels que le prednisone ou les AINS font partie de l’arsenal thérapeutique de plusieurs patients arthritiques, l’interaction de l’alcool avec ce type de médicaments peut augmenter les risques de développer d’autres problèmes comme l’irritation de l’œsophage et de l’estomac et même, conduire à l’ulcère.

Il est important de se rappeler que votre consommation d’alcool est l’un des éléments dont votre rhumatologue tiendra compte dans son évaluation de l’innocuité de la méthotrexate dans votre cas particulier. Cet examen comprendra également l’étude de votre dossier pour identifier d’autres affections comme le diabète, l’obésité, le psoriasis, des anomalies au niveau du foie, des reins ou des poumons, des risques d’infection et les interactions médicamenteuses possibles avec les médicaments que vous prenez actuellement. Votre rhumatologue demandera également une batterie de tests de laboratoire de base. Une anomalie ou une combinaison d’anomalies détectées au cours de cet examen par votre rhumatologue pourrait limiter et même empêcher l’usage de la méthotrexate dans votre situation particulière, par mesure de sécurité.

Quelle est ma politique en cette matière ? Après un examen clinique minutieux et une batterie de tests de laboratoire, j’ai une discussion franche et ouverte avec mon patient au cours de laquelle je lui recommande fortement de cesser la consommation d’alcool pendant le traitement à la méthotrexate. Chez les patients qui ne peuvent cesser totalement, je suggère fortement que l’alcool soit réservé aux occasions spéciales, à raison de un ou de deux verres par semaine au maximum. Les patients consommant régulièrement de l’alcool et qui ne veulent pas cesser de consommer ou du moins réduire considérablement leur consommation ne constituent pas de bons candidats à la prise de méthotrexate. En matière d’alcool et de méthotrexate, les politiques peuvent varier d’un rhumatologue à un autre et même d’une clinique à une autre. Il est très important de bien comprendre les recommandations de votre rhumatologue et d’y adhérer totalement.

En conclusion, consommer de l’alcool pendant un traitement à la méthotrexate augmente les risques de troubles hépatiques et de cirrhose. Bien que chez certains patients quelques verres à l’occasion soient sans conséquence, le taux de vulnérabilité individuelle aux troubles hépatiques est hautement variable, imprévisible et peut dépendre de quantité de facteurs. En matière de consommation d’alcool, soyez honnête avec votre rhumatologue. Et finalement, respectez le calendrier des analyses de laboratoire prévues pour un suivi minutieux et sécuritaire de votre traitement à la méthotrexate.

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