
Un héritage non désiré : génétique de l’auto-immunité et de l
Bon nombre d’entre vous qui souffrez d’arthrite vous êtes sans doute déjà demandé si vous avez cette maladie à cause de vos antécédents familiaux et de votre constitution génétique. Je me pose moi-même souvent cette question vu les nombreux cas de maladies auto-immunes qui existent dans ma famille.
Or, des chercheurs de l’hôpital pédiatrique de Cincinnati tentent justement de répondre à cette question. Pour ce faire, ils ont lancé en 1995 un registre des paires frères/sœurs atteints de polyarthrite rhumatoïde juvénile (Juvenile Rheumatoid Arthritis Affected Sib Pair Registry) et étudient les liens entre frères et sœurs touchés par cette maladie (voir les sources ci-dessous, en anglais seulement). Les résultats obtenus à ce jour semblent indiquer que la prédisposition à cette maladie est déterminée par plusieurs gènes. Selon l’hypothèse actuelle, des régions génétiques communes pourraient contribuer à une prédisposition partagée à l’auto-immunité générale.
J’ai souri quand j’ai entendu ces résultats d’étude à une conférence récente de la Childhood Arthritis and Rheumatology Research Alliance (CARRA). J’ai souri parce qu’il s’agissait du prototype exact de ma famille. En effet, on trouve dans ma famille immédiate et élargie un nombre important de cas de différentes maladies auto-immunes – psoriasis, asthme, allergies, maladie thyroïdienne – dont mon propre cas de polyarthrite rhumatoïde juvénile. Cette histoire vous rappelle-t-elle quelque chose?
Le lupus, autre maladie auto-immune, comporte aussi un important facteur héréditaire. Environ 10 % des personnes atteintes de lupus signalent l’existence d’autres cas de la maladie dans leur famille. Le lien familial le plus étudié est celui des jumeaux. Des jumeaux monozygotiques et dizygotes ont participé à l’étude ci-dessus. Or, dans le cas des vrais jumeaux (dont tous les gènes sont identiques), la prévalence du lupus chez les jumeaux des personnes atteintes était de 69 %, soit plus des deux tiers. Dans le cas des faux jumeaux (qui partagent seulement un certain nombre de gènes), les jumeaux des personnes atteintes n’avaient que 5 % de chances de développer la maladie. Le risque d’un second cas de lupus étant beaucoup plus élevé chez les vrais jumeaux, cette maladie doit comporter un facteur génétique. Cependant, le lupus n’est pas seulement attribuable à des facteurs génétiques, car s’il en était ainsi, la maladie frapperait 100 % des vrais jumeaux de personnes atteintes, ce qui n’est pas le cas. Par conséquent, les chercheurs attribuent le lupus à l’interaction complexe de facteurs génétiques et environnementaux.
Ces études sont intéressantes et pourraient faire avancer la quête de nouveaux traitements au cours des prochaines années. La recherche sur tous les types d’arthrite, y compris l’arthrite juvénile, est un des principaux domaines d’activité auxquels l’ACA accorde son appui. Si d’importants projets comme celui dont il est question ici reçoivent un financement suffisant, on peut espérer qu’un jour, les parents et les futurs parents atteints d’arthrite ne craindront plus de donner cette maladie en héritage à leurs enfants.
Juvenile rheumatoid arthritis affected sib pairs: extent of clinical phenotype concordance
Genetics & Lupus
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