Septembre 2005

Sus aux microbes! Survivre dans l’ère des superbactéries

Par: Gordon Whitehead

En dépit des efforts qu’on déploie actuellement dans certaines régions du pays de l’oncle Sam pour abolir le darwinisme, l’adaptation évolutionniste se poursuit, et le phénomène est on ne peut plus marqué dans l’univers microscopique des bactéries.

L’ère des antibiotiques a donné naissance à de véritables prodiges dans la lutte contre les maladies; nous avons tous bénéficié immensément de ces remèdes miracles. Cependant, nous les avons surutilisés, non seulement en médecine, mais également dans les systèmes industrialisés de production alimentaire, où le recours aux antibiotiques est de plus en plus téméraire.

Vous l’aurez deviné, les bactéries ont appris à se défendre. Elles se font de plus en plus coriaces et résistantes à nos médicaments. Et comme elles prolifèrent à une vitesse fulgurante, elles transmettent leurs mutations génétiques à une rapidité telle que nous n’arrivons plus à créer de nouveaux médicaments permettant de les combattre à temps.

Vous avez sans doute lu d’épouvantables récits au sujet de la grippe aviaire et vu les manchettes sur la fasciite nécrosante (causée par la bactérie mangeuse de chair), C. difficile et le SARM – ces vilains germes infectieux ayant fait surface dans certains hôpitaux du Canada et d’autres pays industrialisés.

Parmi ces microbes, le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline) est le plus répandu. C’est d’ailleurs celui que je connais le mieux, car il s’est frotté à moi à plusieurs reprises.

Voyons donc ce qu’il en est de ce fameux SARM.

Comme bien des personnes arthritiques, j’ai subi une arthroplastie, ce qui m’expose aux infections opportunistes (les prothèses articulaires en métal et en dacron n’étant pas irriguées par le sang, elles ne sont pas protégées par les défenses immunitaires de l’organisme). En outre, de nombreuses formes d’arthrite sont d’origine auto immune; leur traitement peut donc faire appel à l’ingestion ou à la perfusion d’immunosuppresseurs, lesquels peuvent diminuer la résistance aux infections. Enfin, les visites fréquentes à l’hôpital et le fait d’avoir subi plusieurs interventions chirurgicales – réalités pour un grand nombre d’entre nous – augmentent les risques d’exposition et d’infection par des superbactéries comme le SARM.

Ma première infection par le SARM s’est déclarée dans mon pied gauche environ six mois après une intervention complémentaire à la restauration chirurgicale de ce pied effectuée un an auparavant. J’ai été soudainement frappé d’une forte fièvre, que je n’ai pas associée immédiatement à mon pied. Deux jours plus tard, celui ci était rouge et enflé et peu après, ma jambe entière a enflé à son tour et est devenue écarlate. Au service des urgences, on m’a mis sous soluté pendant qu’on tentait d’obtenir une culture de la bactérie en cause.

L’antibiotique perfusé au cours des deux premiers jours s’est révélé inefficace; l’état de ma jambe s’est aggravé dangereusement, et ma fièvre n’est pas tombée. Comble de malheur, les résultats de la culture n’étaient pas concluants; on m’a conseillé d’être patient, de « donner une chance à l’antibiotique ». Mais au fur et à mesure que l’infection montait le long de ma jambe, pour enfin frôler mon genou en titane, je devenais de plus en plus agité. Finalement, en réponse à mes supplications de recourir à un autre antibiotique, on a amorcé l’administration intraveineuse de vancomycine, l’arme de prédilection contre le SARM. J’ai tout de suite senti que cet antibiotique faisait effet, mais le traitement a été interminable! En effet, j’ai dû conserver le soluté et recevoir une perfusion quotidienne de vancomycine pendant 4 mois; mon pied, dont la peau s’était fendue sous la force de l’infection, a mis deux mois de plus à cicatriser.

J’ai contracté trois autres infections par le SARM depuis, mais aucune d’elles n’a été aussi grave que la première. En effet, désormais conscient de l’issue possible d’une telle infection, je suis prompt comme l’éclair à réagir dès que j’en soupçonne l’existence.

J’aimerais donner quelques conseils aux bienheureux qui n’ont jamais eu d’infection de ce type, question de les aider à se protéger contre cette vilaine superbactérie.

Si vous êtes porteur d’une prothèse articulaire, prenez un antibiotique à titre préventif avant de subir un nettoyage dentaire ou toute autre intervention du genre.

Si votre système immunitaire est affaibli, il vous faut prendre des précautions particulières. Redoublez de prudence dans les endroits que le SARM tend à fréquenter, comme les piscines publiques, les centres de conditionnement physique et les hôpitaux. Prenez garde aux coupures et aux éraflures pouvant ouvrir la porte aux bactéries. J’ai pris l’habitude de désinfecter immédiatement la moindre écorchure, et j’ai toujours sur moi un flacon de pansement liquide en cas de blessure aux pieds ou à d’autres régions où les pansements n’adhèrent pas et où la création d’une barrière antibactérienne est particulièrement souhaitable.

Si vous avez des plaies susceptibles d’être envahies par une bactérie, envisagez de les traiter au moyen d’un médicament à action générale. Je pense entre autres aux porteurs d’une infection fongique des ongles d’orteils qui fréquentent les piscines publiques; en pareil lieu, portez toujours des sandales plutôt que de vous promener pieds nus.

Lavez vous les mains souvent au cours de la journée et après tout contact avec des surfaces ou d’autres personnes. Prenez soin de bien vous frotter les mains avec un savon bactéricide, que vous devez laisser agir plusieurs minutes avant de rincer.

Lors de vos visites à l’hôpital, n’hésitez pas à aviser le personnel soignant que vous êtes immunodéprimé, le cas échéant, et à leur demander de se laver les mains avant de vous toucher (en milieu hospitalier, les infections par le SARM sont souvent transmises d’un patient à un autre par les médecins et les infirmières qui, pressés, négligent parfois de se laver les mains). Si votre système immunitaire est affaibli, vous devez prendre chaque accès de fièvre au sérieux. Gardez vous d’attribuer la fièvre à un « mauvais rhume », car s’il s’agit d’une infection par le SARM, il faut la freiner le plus rapidement possible.

Si vous avez une infection, insistez pour qu’on procède à une culture de la bactérie en cause, mais n’en attendez pas les résultats si l’infection évolue rapidement; n’oubliez pas qu’on peut également avoir une idée de la bactérie incriminée d’après sa réaction aux médicaments administrés. Si vous croyez observer l’apparition d’une infection par le SARM près d’une plaie chirurgicale, il pourrait également être sage de subir sans délai une tomodensitométrie (un scan), pour qu’on puisse déterminer l’importance de l’infection ainsi que la durée et l’intensité du traitement antibiotique.

Enfin, prenez connaissance des conditions hygiéniques des hôpitaux de votre région. Faites pression sur les personnes intéressées afin de les amener à divulguer les taux d’infection et à élaborer des stratégies d’hygiène efficaces pour contenir les épidémies de superbactéries. Bref, soyez conscient du risque d’infection, sans pour autant devenir paranoïaque… Après ma première bataille contre les superbactéries, j’ai tenté de vivre dans une bulle… Menacé d’asphyxie, j’ai renoncé et je suis à nouveau de ce monde, mais comme disait l’autre, un homme averti en vaut deux!*

  • Pour en apprendre davantage au sujet du SARM, rendez vous sur http://tahilla.typepad.com/mrsawatch/ , site Web exhaustif sur la lutte contre les superbactéries et le débat qu’elle suscite en Grande Bretagne. Les données qu’on y trouve sont en grande partie applicables au contexte canadien.

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