Decembre 2005

L’arthrose post-traumatique (APT) : 10 000 cas graves par année

Par: Cornelia Borkhoff, M.Sc.

Durant une conférence sur l’arthrite à laquelle j’ai assisté dernièrement, j’ai été frappée par l’absence, parmi les défenseurs des intérêts des arthritiques, de personnes atteintes d’arthrite post-traumatique. Ann Qualman, présidente sortante de l’Alliance canadienne des arthritiques (ACA), admet que cette population n’est guère représentée et m’assure que l’ACA, en tant qu’organisme défenseur des intérêts des arthritiques, serait heureuse d’accueillir de nouveaux militants atteints de ce type précis d’arthrite. Pour que tous les arthritiques puissent voir leur qualité de vie s’améliorer, il est essentiel que les personnes atteintes d’arthrose post-traumatique fassent entendre leurs voix et s’assurent que les programmes et les décisions stratégiques tiennent également compte de leurs besoins particuliers.

Bien que le terme arthrite signifie « inflammation des articulations », les types d’arthrite peuvent se diviser en deux grandes catégories : 1) l’arthrite non inflammatoire (p. ex., l’arthrose) et 2) l’arthrite inflammatoire (p. ex., la polyarthrite rhumatoïde). On considère l’arthrose comme une forme non inflammatoire d’arthrite, même si elle peut comporter une petite composante inflammatoire – toutefois, celle-ci n’est jamais aussi importante que dans la polyarthrite rhumatoïde.1 On peut subdiviser l’arthrose en deux catégories : a) l’arthrose primitive ou idiopathique (de cause inconnue) et b) l’arthrose secondaire (de cause connue). L’arthrose primitive, la forme d’arthrite la plus répandue2, est une maladie dégénérative caractérisée par l’usure graduelle du cartilage articulaire, tissu qui sert d’amortisseur de chocs entre les os. Cette usure entraîne un frottement anormal des os entre eux qui se traduit par l’endolorissement et le dysfonctionnement de l’articulation atteinte. Bien qu’on ignore la cause exacte de l’arthrose primitive, on sait que cette maladie se caractérise par un déséquilibre : la destruction du cartilage augmente et la formation osseuse aux surfaces articulaires diminue.1

À l’inverse de l’arthrose primitive, l’arthrose secondaire a une origine connue. En fait, il existe plusieurs causes potentielles reconnues de l’arthrose secondaire, dont le trauma articulaire grave. L’arthrite post-traumatique est causée par une contusion, un trauma par pénétration ou un trauma répété de l’articulation ou du ligament, ou encore par un dépassement forcé du jeu articulaire ou ligamentaire. Une blessure intra-articulaire (à l’intérieur d’une articulation), comme une fracture ou une entorse grave, peut causer une contusion du cartilage articulaire lorsqu’une trop forte pression est exercée sur le cartilage. Parfois, le cartilage se détache de l’os en petits fragments qui, s’ils ne sont pas enlevés par intervention chirurgicale, peuvent circuler dans l’articulation et endommager encore plus le cartilage. Parfois, le trauma n’atteint pas le cartilage, mais il modifie le mouvement de l’articulation, augmentant ainsi la pression exercée sur le cartilage. Au bout d’un certain temps, ce déséquilibre peut entraîner des lésions du cartilage. Les autres causes potentielles de l’arthrose secondaire se divisent en trois catégories : facteurs métaboliques (p. ex., syndrome d’hypermobilité articulaire d’Ehlers-Danlos), facteurs anatomiques (p. ex., inégalité de la longueur des jambes) et facteurs inflammatoires (p. ex., arthrite septique).2

Chaque année, on recense au Canada environ 10 000 nouveaux cas de traumas graves avec un IGB supérieur à 12.3 On constate une blessure orthopédique dans environ 64 % de ces cas. Le centre de traumatologie le plus occupé du pays, celui du Sunnybrook & Women’s College Health Science Centre à Toronto, traite environ 10 % de ces cas. Sur les 1048 cas de traumas traités entre le 1er avril 2004 et le 31 mars 2005, 261 cas (25 %) présentaient une fracture intra-articulaire : 80, 73 et 108 fractures articulaires de la hanche, du genou et de la cheville respectivement.4 Les blessures des articulations portantes des membres inférieurs sont le plus souvent attribuables à des traumas à haute énergie, causés par exemple par une mauvaise chute ou une collision de véhicules automobiles.3 Ces blessures surviennent en général dans la période la plus productive de la vie. Au Canada, en effet, la victime type de cette catégorie de blessures est un homme de 43 ans. À l’instar de l’arthrose et de la polyarthrite rhumatoïde, l’arthrite post-traumatique peut entraîner des douleurs intenses et une invalidité de longue durée. Ces conséquences sont graves, en particulier pour des jeunes qui souhaitent retourner au travail le plus tôt possible.

Une étude récente de McKinley et coll. a montré que les fractures intra-articulaires des membres inférieurs touchent différemment les articulations de la hanche, du genou et de la cheville. 4 La prévalence de l’arthrite post-traumatique est considérable, se chiffrant à environ 80 % pour l’articulation de la hanche, 60 % pour celle de la cheville et 40 % pour celle du genou. 5, 6 Selon McKinley, l’articulation du genou est plus apte que les autres à tolérer les fractures intra-articulaires parce que la stabilité du genou est assurée en grande partie par les ligaments et que le cartilage y est très épais. 4 Quant à l’arthrite du pied ou de la cheville, elle se traite principalement, au stade ultime de la maladie, par l’arthrodèse (intervention qui vise à souder l’articulation). Bon nombre de personnes atteintes d’arthrite post-traumatique de la hanche ou du genou doivent tôt ou tard subir une arthroplastie. Parmi les arthroplasties primaires de la hanche et du genou effectuées au Canada de mai 2001 à mars 2002, 4 % et 2 % étaient attribuables à l’arthrite post-traumatique, respectivement.7 Une étude menée par notre équipe a révélé que l’arthroplastie de reprise est effectuée plus tôt chez les personnes ayant subi antérieurement une fracture acétabulaire (de la cavité articulaire de la hanche).

L’arthrite post-traumatique est une forme secondaire d’arthrose. Sur le plan pathologique, on ne peut distinguer l’arthrose secondaire de l’arthrose primitive, mais sur le plan clinique, cette distinction importe peu, car le traitement est généralement le même. Nous invitons les personnes atteintes d’arthrite post-traumatique à se manifester et à participer aux activités de l’ACA afin d’influencer les décisions politiques qui les concernent. Ce geste permettra du même coup d’améliorer la qualité de vie de toutes les personnes arthritiques.

Cornelia Borkhoff travaille au Population Health Sciences Research Institute du Hospital for Sick Children, à Toronto, en Ontario, et effectue un stage au Réseau canadien de l’arthrite.

References

  1. Dequeker J, Dieppe PA, eds. Disorders of bone cartilage and connective tissue. In: Klippel JH, Dieppe PA, eds. Rheumatology. 2nd ed. London: Mosby, 1998.
  2. Lagacé C, Perruccio A, DesMeules M, Badley E. The impact of arthritis on Canadians. In: Health Canada, Arthritis in Canada: an ongoing challenge. Ottawa, ON: Health Canada; 2003: 7-37
  3. Canadian Institute for Health Information (CIHI). National Trauma Registry 2004 Report: Major Injury in Canada (includes 2002 – 2003 data). Ottawa, ON: CIHI; 2004: 7-10.
  4. McKinley TO, Rudert MJ, Koos DC, Brown TD. Incongruity versus instability in the etiology of posttraumatic arthritis. Clin Orthop 2004; 423: 44-51.
  5. Vallier HA, Nork SE, Benirschke SK, Sangeorzan BJ. Surgical treatment of talar body fractures. J Bone Joint Surg 2004; 86A: 180-92.
  6. Honkonen SE. Degenerative arthritis after tibial plateau fractures. J Orthop Trauma 1995; 9: 273-7.
  7. Canadian Institute for Health Information (CIHI). Canadian Joint Replacement Registry (CJRR) Bulletin. Surgical and Orthopaedic Implant Information for Total Hip and Total Knee Replacement Procedures Performed in Canada, May 2001-March 2002. Toronto, ON: CIHI, 2002.
  8. Borkhoff CM, Zaveri G, Kreder HJ, Jimenez MJ, Waddell JP, Stephen DJG, Tile M. Total hip arthroplasty after previous acetabular fracture: a matched cohort study. Presented at the Canadian Orthopaedic Association Meeting. London, ON, June 2001.

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