Decembre 2005

« La culture en germe » – De nouvelles aventures dans le monde des superbactéri

Par: Gordon Whitehead

Il y a quelque temps, j’ai écrit sur les défis que doivent relever les personnes immunodéprimées dans leur lutte contre les risques d’infection et j’ai exposé mes propres expériences passées avec le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM). Le SARM, aussi connu sous le nom de superbactérie, est une souche de staphylocoque qui élit domicile dans beaucoup d’hôpitaux et qui s’est également répandue dans la population en général.

J’ajoute tout de suite qu’il y a déjà fort longtemps que j’ai suivi mes cours de biologie à l’université et que, même dans le cadre de cette formation, je n’ai eu que très peu de leçons de microbiologie. Cependant, ma lutte contre les superbactéries me fait plonger beaucoup plus profondément dans le monde de la microbiologie; petit à petit, j’en apprends le vocabulaire et je me familiarise avec les protocoles de traitement. J’ai pensé vous inviter à faire ce tour d’horizon avec moi, dans l’espoir qu’en en sachant plus sur ces vilaines bactéries et qu’en maîtrisant le vocabulaire très spécialisé qu’on emploie pour décrire leur vie en boîte de Petri, nous acquerrons des connaissances importantes, voire capitales, pour toutes les personnes qui, comme moi, sont immunodéprimées.

J’appelle cet apprentissage « la culture en germe » parce qu’après tout, qu’est-ce qui est plus cultivé qu’une bactérie? De plus, comme il y a tout un domaine du savoir à explorer, j’ai pensé le faire sous la forme d’une série, comme Le seigneur des anneaux ou La Guerre des étoiles, et démystifier dans chaque épisode un certain nombre de termes médicaux spécialisés. Alors, si vous acceptez l’invitation… place au 2e épisode des Superbactéries.

Dernièrement, j’ai dû être hospitalisé brièvement pour une chirurgie des sinus. À mon admission, j’ai été étonné de constater non seulement que mon dossier contenait de l’information sur mes infections antérieures par le SARM, mais aussi que j’étais maintenant considéré comme un « porteur potentiel » ou comme quelqu’un qui a peut-être été « colonisé » par le SARM. « Évidemment, vous devrez être en isolement dans une chambre privée après l’intervention », m’a expliqué la préposée à l’admission. « Oh ! ai-je répliqué, tentant de dissimuler mon étonnement, vous voulez dire que j’ai enfin trouvé le truc pour obtenir une chambre privée ? » La préposée est restée de glace, et j’ai filé dans la salle d’attente, me sentant comme la légendaire « Typhoid Mary ».

En fait, je n’ai pas aimé mon isolement post-chirurgical. Je me sentais seul dans ma chambre privée et j’étais accablé de douleurs post-opératoires, que ne soulageait pas ma ressemblance, avec un mètre de tampons dans chaque narine, à Mlle Piggy dans son pire état. De plus, étant donné que les visites à ma chambre obligeaient les infirmières à se soumettre à un protocole complexe de mesures d’hygiène, dont se laver les mains et changer de sarrau, les infirmières en fonction n’étaient pas très enclines à venir me voir. J’ai toutefois été enchanté du sérieux des mesures prises dans ce grand hôpital de Vancouver pour lutter contre le SARM. Mis à part mes frustrations personnelles, je tire mon chapeau aux dirigeants de l’hôpital pour leur vigilance, leur prévoyance et leur prudence. Il est triste de constater que la plupart des infections par le SARM dans les hôpitaux sont propagées par des soignants qui vont d’un patient à l’autre sans respecter les protocoles relatifs aux vêtements et au lavage des mains. Or ici, nous avons un grand hôpital métropolitain qui prend le taureau par les cornes en adoptant des mesures efficaces pour régler ce problème.

Pendant ma convalescence, j’ai eu la chance d’assister, du 12 au 17 novembre, à la réunion scientifique annuelle de l’American College of Rheumatology, à San Diego. À la journée d’ouverture, j’ai assisté à un exposé très instructif du Dr George Karam, professeur à l’École de médecine de la Louisiana State University (Bâton Rouge). Intitulé « Microbes coriaces, médicaments déficients », l’exposé portait sur les vilains nouveaux microbes résistants aux antibiotiques et l’arsenal pharmaceutique de plus en plus limité dont nous disposons pour les combattre. Le Dr Karam a présenté une foule de facteurs et de risques que nous, les membres immunodéprimés de la communauté arthritique, devons bien connaître et prendre en ligne de compte.

Dans ses remarques préliminaires, le Dr Karam a noté que les conséquences fortuites de l’utilisation des antibiotiques ne sont pas enseignées dans les écoles de médecine et que cette utilisation favorise l’apparition d’agents pathogènes résistants. « Nous n’avons aucune piste de solution pour résoudre ce problème », a-t-il déploré.

Le Dr Karam a ensuite présenté en détails les recommandations et les normes les plus récentes en ce qui concerne le traitement de diverses infections chez les malades en état d’immunodépression médicamenteuse. Il a commencé par l’infection la plus redoutable, la septicémie, un état particulièrement grave caractérisé par une hypothermie (diminution de la température corporelle), une hypoglycémie (diminution du taux de glucose du sang), une acidose métabolique inexpliquée (acidité excessive des liquides corporels) et l’atteinte des viscères (cerveau, cœur, poumons, etc.). Il a insisté sur la nécessité d’entreprendre le traitement le plus rapidement possible, idéalement « dès le premier jour ». Selon lui, un traitement efficace consistera dans les éléments suivants : ventilation à faible volume courant (respiration assistée à faible pression), contrôle serré de la glycémie, administration de stéroïdes contre les chocs septiques et antibiothérapie intraveineuse précoce. Selon le Dr Karam, il est essentiel que le traitement antibiotique soit amorcé dans l’heure qui suit l’apparition d’une septicémie.

Tout au long de l’exposé du Dr Karam, j’ai soigneusement pris des notes qui me permettront de continuer, dans le prochain numéro, à vous faire part de ses commentaires sur le traitement d’autres pathologies auxquelles sont exposées les personnes immunodéprimées.

Petite parenthèse : le Dr Karam a utilisé le terme « bactérie Gram positif » à plusieurs reprises, mais je ne savais pas ce qu’il voulait dire jusqu’à ce que je le cherche dans un ouvrage de référence une fois revenu à la maison. Eh bien, c’est une affaire de coloration. La coloration de Gram est la technique de coloration la plus utilisée en bactériologie. On l’appelle coloration différentielle, car elle permet de distinguer entre les bactéries qui deviennent violettes (Gram positif) et celles qui deviennent roses (Gram négatif). Plusieurs souches de bactéries streptocoques et staphylocoques deviennent violettes, y compris le SARM, et appartiennent donc au groupe Gram positif.

Par ailleurs, il se trouve que mon petit ami le SARM prend une couleur jaune foncé lorsqu’on le cultive dans la gélose de sang de mouton, ce qui lui vaut d’avoir dans son nom le mot latin aureus, qui décrit son teint doré.

Alors, que dites-vous de cette « culture en germe »?

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