
Demi-mesures et faux-fuyants : le gouvernement canadien va-t-il résoudre le problème de l&
En mars, le gouvernement canadien a annoncé qu’il allait enfin adopter des mesures de représailles à l’égard des tarifs douaniers américains appliqués au bois d’œuvre résineux. Le Canada a depuis imposé des droits d’importation sur les porcins sur pied, le tilapia congelé, les poissons d’ornement et les huîtres en provenance des États-Unis. Ces droits devraient rapporter aux douanes canadiennes des revenus de l’ordre de 14 millions de dollars, en compensation des quelque 3,6 milliards de dollars que les Américains ont illégalement soutirés aux exportateurs de bois d’œuvre canadien depuis 1986.
Qui a dit que les Canadiens sont incapables de montrer les dents? J’imagine que ces droits d’importation sur les huîtres ont dû faire trembler les Américains!
En attendant, nos voisins du Sud s’apprêtent à adopter des lois qui autoriseraient l’importation en vrac de médicaments canadiens aux États-Unis. Il semble qu’aux yeux des Américains, le bois d’œuvre canadien bon marché soit une véritable hérésie, mais que nos médicaments également bon marché soient une panacée. (Rappelons que nos médicaments sont moins chers parce que nous en contrôlons les prix et que nos provinces les achètent en vrac.) Il semble aussi que la très bureaucratique FDA américaine ait brusquement cessé de se soucier de l’« innocuité » des médicaments canadiens.
Une fois que les nouvelles lois américaines auront été promulguées, les Américains seront en mesure de pratiquer une véritable « coupe à blanc » des réserves de médicaments canadiens, lesquels envahiront alors des hypermarchés comme Wal-Mart ou Walgreen. De leur côté, les Canadiens devront presque certainement faire face à une pénurie des réserves, ce qui entraînera inévitablement une hausse du prix des médicaments. Les achats de médicaments canadiens en vrac exacerberont les problèmes que nous causent déjà les activités d’exportation par pharmacie Internet. « Ces lois auront pour conséquence d’éroder notre système de santé, qui veille aux besoins de 32,5 millions de Canadiens et non d’une multitude d’Américains non assurés ou sous-assurés qui n’ont pas les moyens de payer le prix des médicaments aux États-Unis », explique Jeff Poston, directeur exécutif de l’Association des pharmaciens du Canada.
Le ministre de la Santé Ujjal Dosanjh a déclaré qu’il « envisageait » d’interdire les exportations de médicaments canadiens en vrac aux États-Unis. Il ne semble toutefois pas avoir l’intention immédiate de restreindre les activités des pharmacies Internet qui approvisionnent les Américains en médicaments canadiens.
Espérons que le ministre Dosanjh et le gouvernement fédéral réagiront avec plus de courage et d’énergie qu’ils ne l’ont fait dans l’affaire du bœuf ou du bois d’œuvre.
Mais n’y comptons pas trop. À moins que les consommateurs et les citoyens ne se mobilisent pour exiger des solutions et exprimer leurs préoccupations avec persévérance et ténacité, Ottawa continuera à contourner le problème avec ses « politiques de l’huître ».
Je crois que le moment est venu pour le Canada d’imposer des taxes à l’exportation sur tous les produits pharmaceutiques canadiens destinés au marché américain. Ces taxes permettraient d’aligner le prix de nos médicaments sur les prix locaux des médicaments américains, tant pour les achats individuels que pour les achats en vrac, et viseraient explicitement à réparer les torts causés par les mesures ouvertement protectionnistes pratiquées par les Américains dans le dossier du bœuf et du bois d’œuvre.
Pourquoi une taxe à l’exportation plutôt que l’interdiction pure et simple des exportations en vrac? En premier lieu parce qu’une taxe à l’exportation s’appliquerait autant aux ventes individuelles qui se font déjà abondamment par l’entremise des pharmacies Internet qu’aux éventuelles ventes en vrac, qui posent de toute évidence un problème beaucoup plus grave. En deuxième lieu, parce qu’elle frapperait de front les nombreux États américains qui ont promulgué des mesures protectionnistes dans le cas des exportations du bœuf et du bois d’œuvre canadiens tout en se prononçant en faveur de lois qui pilleraient les réserves de médicaments canadiens. De plus, et cette raison est de loin la plus importante, toute action ferme du gouvernement canadien qui lierait l’exportation de nos médicaments à d’autres enjeux commerciaux vitaux, comme l’exportation du bois d’œuvre et du bœuf, provoquerait une prise de conscience indispensable chez nos voisins du Sud. La classe dirigeante et les milieux d’affaires américains doivent savoir que nous ne leur fourniront pas les marchandises qu’ils convoitent sans question ni protestation alors qu’ils se libèrent à leur gré des obligations légales contractées en vertu de l’Accord de libre-échange nord américain (ALENA) et des ententes de l’OMC (mais qu’ils ont ensuite jugées trop contraignantes)**.
Le Canada est parvenu à un point tournant de ses échanges commerciaux avec les États-Unis et de sa participation à l’ALENA. Nous allons soit instituer des échanges commerciaux (et des rapports généraux) fondés sur la loi et le respect mutuel soit entrer dans une période de conflit prolongé qui risque de mettre en péril le plus important partenariat commercial du monde. Du côté canadien, mettons fin une fois pour toutes aux demi-mesures et aux faux-fuyants. Écrivez à votre député et réclamez l’imposition d’une taxe de représailles sur les exportations des produits pharmaceutiques canadiens destinés au marché américain.
- Les seuls commentaires relatifs au Canada que l’on puisse attribuer clairement au nouvel ambassadeur des États-Unis au Canada, David Wilkins, soutiennent les tarifs douaniers américains appliqués au bois d’œuvre résineux.
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