Mars 2006

Chute du rideau : autres nouvelles du monde des superbactéries

Par: Gordon Whitehead

Un thème de prédilection à Hollywood est le recyclage de rideaux en vêtements de secours. Vous vous rappelez la scène où Scarlett O’Hara arrache la draperie à Tara pour vamper Rhett Butler? Ou celle où Julie Andrews transforme des rideaux en chintz en ravissantes tenues pour les petits chéris Von Trapp? (Comment oublier par ailleurs le sketch où Carol Burnett parodie la scène du recyclage des rideaux de Scarlett O’Hara? Impossible de ne pas se souvenir de Carol Burnett descendant les escaliers dans sa « robe-rideaux », la tringle suspendue aux épaules.)

Eh bien, heureusement que Scarlett et Maria ne vivaient pas à l’ère des superbactéries. Pourquoi? Voici un communiqué de « MRSA Watch », un site Web britannique voué à la surveillance des événements liés à la superbactérie la plus omniprésente, le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM) :

Une étude menée au Queen Elizabeth Hospital, à Birmingham, a mis en lumière une source jusqu’ici insoupçonnée de la superbactérie meurtrière SARM. On sait depuis longtemps que l’hygiène du milieu est la clé de voûte de la lutte contre la propagation de cet organisme, et les responsables de la prévention des infections dans tout le pays ont été chargés de s’assurer que les salles d’hôpital restent propres, que les employés respectent méticuleusement les consignes de lavage des mains et que les infections à transmission aérienne soient réduites au minimum.

Il manquait toutefois une pièce essentielle au casse-tête. Or, celle-ci vient enfin d’être trouvée : des preuves médicales tangibles indiquent que les rideaux coulissants qui entourent les lits des patients constituent une source d’éclosions importante mais négligée. En effet, le service de microbiologie du Queen Elizabeth Hospital a mené une étude, en collaboration avec des partenaires locaux, dont les résultats permettent d’établir un lien irréfutable entre les rideaux sales et le SARM.

Dans cette étude contrôlée, on a observé des comptes d’organismes relativement élevés sur les rideaux qui entouraient les lits des patients – ces rideaux constituaient donc la principale source de SARM. Cette nouvelle n’étonne pas du tout le fabricant du tout premier rideau jetable et entièrement recyclable au monde, la société Marshall Contracts, dont le siège social se trouve à Birmingham. Depuis des années, cette entreprise approvisionne le National Health Service en rideaux classiques en tissu, mais ses dirigeants ont compris il y a longtemps que les rideaux n’étaient ordinairement pas changés très souvent et qu’ils étaient probablement responsables des éclosions. Le nouveau rideau jetable peut être changé cent fois plus rapidement qu’un rideau classique. Revêtu d’un enduit qui élimine le SARM, ce rideau est selon les essais plus avantageux sur le plan du rapport coût-efficacité que les rideaux classiques.

Au moment d’évaluer les coûts, les hôpitaux peuvent être tentés de faire abstraction des dépenses astronomiques liées au traitement d’un patient infecté par le SARM (médicaments à prix élevé et prolongement de l’hospitalisation) ainsi que de la détresse humaine et des pertes de vie réelles causées par ce type d’infection. Le lavage des mains est utile et nécessaire, mais cette mesure d’hygiène perd toute son efficacité son si l’on utilise ses mains fraîchement lavées pour tirer un rideau infecté.

Les patients immunodéprimés (comme le sont bon nombre d’entre nous) doivent surveiller avec vigilance les mesures d’hygiène prises dans leur milieu de traitement. Ainsi, la prochaine fois que vous séjournerez à l’hôpital, demandez aux employés à quelle fréquence et à quel moment ils changent les rideaux qui entourent les lits. S’ils vous disent « pas souvent » et ajoutent qu’il en coûterait trop cher en temps et en argent à l’hôpital pour changer les rideaux plus souvent, répondez-leur : « Franchement, c’est le cadet de mes soucis! »

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